Mus’haf Thaâlibia : le patrimoine imprimé
Mus’haf Thaâlibia. L’imprimerie historique algérienne et son précieux Coran imprimé en 1931 bénéficient d’une mise en lumière institutionnelle sans précédent pour préserver l’identité nationale.
Une prouesse sous l’ère coloniale
Dans un contexte politique marqué par de lourdes restrictions administratives, la naissance de cet ouvrage d’exception constitue une véritable résistance culturelle et religieuse.
Une première historique : L’Imprimerie Thaâlibia, portée dès 1895 par les frères Kaddour et Ali Rodosi, publie en 1350 de l’hégire (1931) le tout premier exemplaire complet du Coran imprimé en Algérie.
Une calligraphie locale : Le texte est entièrement façonné en écriture maghrébine par le maître calligraphe algérien Mohamed Charradi, connu sous le nom de Mohamed Es-sfati.
Une conformité rigoureuse : La rédaction suit la récitation traditionnelle de Warch ‘an Naafi’, tout en intégrant la méthode des Kûfiens fixée à 6 236 versets.
Des éditions adaptées : Outre le volume complet imprimé en 1931, l’imprimerie décline l’ouvrage dès 1937 en quatre volumes distincts pour faciliter son étude et sa diffusion.
« Ce Mus’haf a été rédigé conformément à la récitation de l’imam Warsh […] Sa vocalisation et sa ponctuation ont été prises selon la transmission de l’enseignant Al-Kharrāz. »
Une référence à l’échelle continentale
Cet ouvrage d’une valeur patrimoniale inestimable a dépassé les frontières de la régence pour rayonner dans toute la région nord-africaine et subsaharienne.
Le Coran d’Algérie : Largement exporté et diffusé sur le continent sous le nom de « Mushaf d’Algérie », l’ouvrage devient un repère spirituel majeur pour des millions de fidèles.
Un ancrage esthétique : Le style calligraphique maghrébin utilisé par Rodosi s’impose comme une signature visuelle et culturelle indissociable de la pratique religieuse locale.
Une survie remarquable : Malgré la pression de l’administration coloniale française contre la langue arabe, l’entreprise familiale parvient à maintenir son activité et à assurer la conservation de ses matrices.
Conservation institutionnelle : Le manuscrit original portant le volume 718 est précieusement conservé au Musée national de l’enluminure, de la miniature et de la calligraphie d’Alger.
L’hommage officiel de l’État
Les autorités gouvernementales réaffirment le rôle central de cette œuvre dans la construction de l’identité visuelle et spirituelle du pays.
Lancement d’un timbre postal : Le ministre des Affaires religieuses, Youcef Belmehdi, et le ministre de la Poste, Sid Ali Zerrouki, ont lancé une émission philatéliques dédiée à cet écrit historique.
Consécration d’un symbole : Cette initiative officielle vise à immortaliser le « Mus’haf Rodossi » en tant que pilier fondateur de l’édition et de la calligraphie algérienne.
Transmission intergénérationnelle : La commémoration publique remet en avant les efforts des précurseurs algériens qui ont préservé l’écrit coranique face aux tentatives de dépersonnalisation.
Consolidation du patrimoine : Cet événement renforce la reconnaissance académique et populaire d’un objet d’art qui demeure l’un des plus anciens témoignages de l’imprimerie nationale.
Mus’haf Thaâlibia, un patrimoine Algérien
La mise en valeur institutionnelle du Mus’haf Thaâlibia va bien au-delà de la simple célébration patrimoniale ou philatéliques. En consacrant officiellement le « Mus’haf Rodossi », l’État algérien réaffirme sa volonté de protéger sa « référence religieuse nationale » face aux influences doctrinales ou d’édition étrangères, notamment du Moyen-Orient. Alors que l’imprimerie moderne tend à uniformiser la typographie coranique à l’échelle mondiale, la préservation de la calligraphie maghrébine et de la récitation selon Warch constitue un enjeu de souveraineté culturelle majeur pour l’Algérie, désireuse de réaffirmer son leadership historique et spirituel sur le continent africain.

