ARCHIVE. Un mariage « Secret Défense » en 1947
Algerie, Histoire

Un mariage « Secret Défense » en 1947

ARCHIVE. Un mariage « Secret Défense » en 1947 : quand les noces servaient de couverture aux nationalistes algériens

Mohammed Bellounis : les noces secrètes de la révolution

Mohammed Bellounis n’est pas encore le chef de guerre contesté de la Révolution. Pourtant, en ce 9 septembre 1947, son mariage avec Zineb Fertti fait déjà trembler l’administration coloniale. Une banale fête de famille ? Pas pour les espions de la Préfecture d’Alger. Ce document « SECRET », exhumé du Service des Liaisons Nord-Africaines (SLNA), révèle une réalité explosive. Sous les youyous de façade, les futurs leaders de l’indépendance orchestrent un sommet politique clandestin.


Le mariage de Mohammed Bellounis, un meeting déguisé

L’Algérie de 1947 ressemble à une poudrière prête à s’enflammer. Deux ans plus tôt, les massacres de Sétif et Guelma ont brisé tout espoir de dialogue. Désormais, le mouvement nationaliste se réorganise avec une discipline de fer. Le Parti du Peuple Algérien (PPA), bien qu’interdit, infiltre chaque strate de la société. Ses militants utilisent le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) comme vitrine légale. Mais pour parler d’indépendance, ils préfèrent l’intimité des banquets.

À Abbo, aujourd’hui Sidi Daoud, la police coloniale surveille chaque invité. Mohammed Bellounis, le marié, incarne déjà cette résistance. Ce militant discipliné deviendra plus tard un chef de maquis dissident. Son futur sera marqué par un conflit sanglant avec le FLN et un pacte éphémère avec l’armée française. Mais en cette fin d’été, il rassemble surtout les cerveaux de la future insurrection.

Des discours d’une violence inouïe sous les tentes

Pourtant, l’ambiance n’est pas aux simples félicitations. Le rapport de police identifie des orateurs de haut vol. Lamine Debaghine, médecin et député à l’Assemblée française, domine l’assemblée. Sa présence prouve que le réseau nationaliste touche toutes les classes sociales. Il deviendra plus tard le ministre des Affaires étrangères du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA).

Désormais, les espions notent chaque mot. Hocine Lahouel, stratège du MTLD, coordonne les interventions. Mais c’est Si Djilani, alias Mohammed-Saïd, qui choque les autorités. Sa harangue est jugée « la plus violente » par les agents infiltrés. Il réclame l’indépendance totale. Il refuse le nouveau statut de l’Algérie discuté au Parlement. Pour l’administration, ce mariage n’est plus une fête, c’est une déclaration de guerre.

L’influence locale joue aussi un rôle crucial. Des cadres comme Belhocine El Mahdi et Toungi Lounès assurent le lien avec la base rurale. En effet, le PPA-MTLD ne se contente plus de discourir dans les salons d’Alger. Il mobilise les masses jusque dans les villages les plus reculés. Le document prouve une chose : dès 1947, l’Algérie est déjà prête à basculer.


L’empire face à la menace invisible

En effet, le sceau « SECRET » sur ce rapport montre l’angoisse du Préfet d’Alger. La France voit le contrôle lui échapper. Les nationalistes utilisent les traditions familiales pour contourner la censure. Chaque mariage devient un acte de résistance. Chaque banquet se transforme en cellule de recrutement. Les services de renseignement notent tout, mais ils ne peuvent rien interdire sans déclencher une émeute.

Désormais, nous savons que ces noces préparaient le 1er novembre 1954. Sept ans avant les premières balles, les idées de liberté circulaient déjà entre les plats de couscous. Le mariage de Mohammed Bellounis reste un témoignage fascinant. Il montre une élite soudée et une logistique parfaitement huilée. L’histoire retiendra les combats, mais elle oublie souvent que tout a commencé sous des tentes de fête, loin des regards, dans le murmure des invités.

 

 

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