Moccro Maffia
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La « Mocro Maffia » et son emprise sur le trafic de drogue

La Mocro Maffia, une organisation criminelle partie du Maroc, est actuellement jugée à Amsterdam pour 13 meurtres et tentatives de meurtre. Cette mafia regroupe plusieurs groupes criminels tels que les italiens de la Camorra, les cartels colombiens et péruviens, les Irlandais de Kinahan et des Marocains, notamment le présumé chef du réseau, Ridouane Taghi.

Enquête dans le sillage de la Mocro Maffia

Si le nom de la Mocro Maffia est devenu familier pour certains, cette organisation reste méconnue en France, malgré ses connexions avec d’autres organisations criminelles internationales. Selon Thibault Lefèvre, grand reporter à France Inter, la Mocro Maffia fonctionne différemment des organisations mafieuses classiques. En effet, il n’y a pas de leader unique, mais plutôt plusieurs groupes criminels travaillant ensemble un jour et s’opposant le lendemain, ce qui entraîne des règlements de compte et des meurtres.

Le trafic de drogue international, contrôlé par la Mocro Maffia, pèse des milliards d’euros. Bien que 110 tonnes de cocaïne aient été saisies par les douanes belge et néerlandaise dans les ports d’Anvers et Rotterdam, il est estimé que dix fois plus de drogue transite dans les 12 millions de conteneurs déchargés sur les docks.

Les connexions entre les pontes de cette organisation criminelle et les services secrets marocains et le Makhzen ont également été découvertes. Les ressortissants néerlandais et belges d’origine marocaine ont tiré profit de leurs liens familiaux avec des producteurs marocains de cannabis dans les montagnes lorsque les Pays-Bas ont légalisé le marché du cannabis dans les années 1970. Le trafic de haschich s’est développé avant de se joindre aux cartels sud-américains spécialisés dans le trafic de cocaïne, une drogue plus lucrative, pour former le puissant cartel de la drogue Mocro Maffia dans les années 1990. Cette organisation maffieuse contrôle aujourd’hui un tiers du marché européen de la cocaïne.

Un procès ultra-sécurisé à Amsterdam pour juger la Mocro Maffia

Ridhouane Taghi est poursuivi pour son implication dans 13 assassinats de journalistes ayant enquêté sur les activités du réseau maffieux, d’opposants marocains et de personnalités politiques. Il se vantait de s’offrir les services de toutes les institutions belges, espagnoles et néerlandaises grâce à la corruption, qui est le principal catalyseur du trafic de cocaïne d’Amérique latine vers Rotterdam et Anvers via l’Afrique.

Les membres de la Mocro Maffia se sont vantés d’avoir corrompu des douaniers dans le port de Dakar, qui est utilisé comme point de transit. Les dockers d’Anvers et de Rotterdam sont également payés jusqu’à 100 000 € pour déplacer les conteneurs afin d’éviter les contrôles de police et de douane. Les trafiquants de drogue latino-américains ont utilisé de plus en plus le Maroc et d’autres trafiquants implantés au Maroc et en Europe, comme la Mocro Maffia, pour leur commerce transnational de cocaïne. Les cartels colombiens et mexicains ont utilisé le groupe pour faciliter l’acheminement de la drogue vers l’Europe via la ville d’Algésiras, dans le sud de l’Espagne.

Les journalistes menacés et intimidés

La surveillance de cette organisation criminelle est rendue difficile par la violence qui l’accompagne. Les journalistes qui couvrent le procès de la Mocro Maffia à Amsterdam sont menacés, voire assassinés. Pieter de Vries, journaliste d’investigation et témoin à la barre, a été assassiné en pleine rue en juillet 2021. La pression sur l’information est donc réelle, et cela malgré les mesures de sécurité draconiennes mises en place autour du procès.

Selon Thibault Lefèvre, si Ridouane Taghi, considéré comme le chef présumé de la Mocro Maffia, passe sa vie derrière les barreaux, cela ne signifie pas la fin de l’organisation criminelle. Tant que les containers arriveront à Anvers, Rotterdam et ailleurs, le trafic rémunérateur ne se tarira pas. Cette enquête révèle une violence inouïe sur le sol européen et pose la question de l’efficacité de la surveillance des ports et des docks.

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