L’alliance interdite de 1688
Une médaille rare du Rijksmuseum illustre l’alliance interdite de 1688 entre puissances chrétiennes et musulmanes, un choc diplomatique pour l’Europe du XVIIe siècle.
Le pacte des contraires
Une géopolitique de l’ombre. En 1688, Jan Schmeltzing grave cette médaille à Leyde. Elle dénonce la « Confédération anti-chrétienne » unissant l’Angleterre (Jacques II), la France (Louis XIV), la Turquie ottomane (Suleiman III) et Alger.
Intérêts pragmatiques : La France et l’Angleterre cherchent des alliés contre les Provinces-Unies. Elles s’appuient sur la puissance navale d’Alger et l’Empire ottoman.
Le choc moral : Pour l’époque, s’allier aux « infidèles » contre d’autres chrétiens est un scandale. La médaille porte l’inscription Contra Christi Animum (Contre l’esprit du Christ).
Alger comme pivot : La ville n’est pas qu’un nid de pirates. Elle est traitée comme un État souverain capable de faire basculer l’équilibre européen.
« Cette alliance sacrifie la foi sur l’autel de l’hégémonie politique en Méditerranée. »
Une arme de propagande
L’art au service de la guerre. Cette pièce d’argent n’est pas une monnaie. C’est un outil de communication utilisé par les Hollandais pour discréditer leurs ennemis.
Caricature gravée : Le revers montre un démon couronné dominant un lys (France) et un croissant (Islam). Le message est clair : l’alliance est diabolique.
Guerre psychologique : Guillaume d’Orange utilise ces objets pour justifier son invasion de l’Angleterre. Il se présente comme le défenseur de la chrétienté face à la « trahison » de Jacques II.
Précision historique : La date, 1688, marque le sommet de cette tension. C’est l’année de la Glorieuse Révolution.
Cette médaille révèle la face cachée de la Realpolitik avant l’heure. Alger était alors une pièce maîtresse de l’échiquier mondial.
Les rois chrétiens n’hésitaient pas à financer les corsaires d’Afrique du Nord pour couler les navires de leurs rivaux européens.
L’objet prouve que la religion servait souvent de façade. Les véritables frontières étaient commerciales et dynastiques.
Cette pièce rappelle que l’Algérie, via sa régence, participait activement aux grandes manœuvres qui ont redessiné l’Europe moderne. L’indignation religieuse n’était qu’un prétexte pour masquer des luttes de pouvoir pures.

