Le harcèlement : fléau des Algériennes
Les femmes fuient les réseaux sociaux traditionnels pour échapper à une culture persistante de harcèlement masculin.
Une traque multiplateforme
L’évolution du harcèlement. Ce qui a commencé sur Facebook il y a dix ans s’est déplacé sur Instagram, puis Reddit. Les utilisatrices rapportent un flux constant de messages non sollicités dès qu’elles expriment une opinion.
Le passage au public : Lorsque les messages privés sont désactivés, les harceleurs utilisent les commentaires publics pour exiger des informations personnelles.
L’anonymat comme arme : Utilisation massive de comptes factices ou de profils sans activité pour cibler les femmes.
L’impunité numérique : Malgré les changements de plateformes, les comportements restent identiques depuis une décennie.
Des stratégies de survie
L’effacement volontaire. Pour continuer à utiliser Internet, les femmes algériennes adoptent des tactiques de camouflage numérique.
Neutralité de genre : Suppression des avatars féminins et choix de pseudonymes ambigus pour éviter d’être repérées.
Autocensure : Abandon total des sections commentaires pour éviter les insultes ou les crises de colère des internautes masculins.
Exode numérique : Migration vers des plateformes moins connues en Algérie, comme Reddit, pour trouver des espaces de discussion plus sains.
Un choc des cultures
Frustration et déconnexion. Le débat souligne un fossé profond entre une jeunesse féminine connectée et une frange masculine perçue comme « sexuellement frustrée » et « sans vie sociale ».
L’objetisation : Les victimes dénoncent une vision de la femme réduite à un objet, sans considération pour leur intellect ou leurs émotions.
Le paradoxe religieux : Certaines utilisatrices pointent du doigt une hypocrisie chez ceux qui invoquent la religion tout en harcelant des inconnues.
« Ils détestent les femmes en ligne, mais sprintent vers elles dès qu’ils en voient une. »
Ce ras-le-bol exprime une fracture sociale qui dépasse le simple cadre d’Internet. Le passage de Facebook à Reddit montre que le problème n’est pas l’outil, mais une misogynie structurelle qui s’adapte aux nouvelles technologies.
Pour beaucoup d’Algériennes, l’espace numérique n’est plus un lieu de liberté, mais un terrain de surveillance. À terme, cela risque de créer un « Internet genré » où les femmes ne naviguent plus qu’en mode furtif, appauvrissant le débat public et la mixité numérique dans la région.

